| Chapitre 19 - Petit traité antidéprime |
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Chapitre 19Préférer des croyances valides et un comportement adaptéTéléchargez ou consultez l'introduction (format pdf)
Par exemple, je suis profondément optimiste face au pouvoir qu’a la science d’expliquer l’être humain. Elle effectue une constante mise à jour de notre compréhension du monde. Comme la remise en question, la pensée scientifique n’élabore pas ses explications de façon arbitraire et elle ne fige jamais pour de bon le contenu de ses théories. Elle recherche la validité. Tous autant que nous sommes, nous nous forgeons naturellement des croyances erronées, nous exposant ainsi à avoir des réactions inadaptées et à vivre des situations désagréables. En privilégiant la validité, nous nous engagerons à préférer le meilleur pour nous-mêmes. Puisque nous élaborons nos comportements à partir de nos croyances, il est normal que nous faisions une place de choix aux croyances de « bonne qualité »… Lorsqu’on évoque la notion d’apprentissage, on songe presque automatiquement à l’école et aux livres. Mais quand il est question de la vie, le mot « apprentissage » gagne un sens qui déborde largement celui de l’instruction. Dans ce cas, l’apprentissage se définit tout simplement comme une attitude constructive d’ouverture face aux événements quotidiens. L’apprentissage ne consiste pas à apprendre par cœur d'interminables leçons. Il est plutôt une ouverture d’esprit qui tient suffisamment compte de nos connaissances et de nos expériences nouvelles pour qu’elles nous soient véritablement utiles. Cette attitude consiste simplement à déployer notre curiosité, et à ne pas entretenir trop de réactions automatiques ni d’explications « par défaut », mais plutôt à tirer profit de cette conscience dont nous sommes tous dotés. Cela vous aidera à ne pas conclure abusivement et à modifier adéquatement vos espaces de réflexion lorsque vous n’obtiendrez rien de concluant. ÉVITER LES CROYANCES TROP RIGIDESComme je l’ai déjà mentionné précédemment, plus le spectre du sens que nous accordons aux phénomènes du monde est restreint, plus nous accroissons notre inadaptation devant leur complexité. En d’autres mots, les préjugés multiplient les expériences éprouvantes. En voici quelques exemples : Les conflits. Si nos opinions sont trop rigides, nous croirons qu’elles sont les seules vraies et nous nous refermerons aux opinions des autres. Il ne s’agit pas ici de changer d’avis dès qu’un interlocuteur ne partage pas notre opinion ni, à l’opposé, d’avoir raison à tout prix. Nous pouvons plutôt rechercher la validité en toute chose, que nous ayons raison ou tort. Les déceptions. Si à l’avance, dans notre tête, nous déterminons avec rigidité la manière dont les événements doivent se dérouler, nous vivrons une intense déception chaque fois qu’ils s’écarteront de ce que nous avons prévu. Nous pouvons trouver des aspects positifs dans chaque situation. Pourquoi, tout simplement, n’accepterions-nous pas ce qui nous arrive en modifiant pour le mieux nos actions, pour enrichir autant le présent que l’avenir ? En adoptant activement un comportement constructif, nous découvrirons un bonheur autrement plus agréable que ce que nous aurions pu seulement prévoir. L’indétermination est aussi source de plaisir ! La révolte. Plus nous arrêtons pour de bon la façon dont les événements doivent se dérouler, plus nous risquons de ne pas les accepter, de nous révolter. Cette attitude entretient des sentiments lourds et inutiles tels que le ressentiment et la rumination. La remise en question nous préserve aussi des interprétations exagérées. Il arrive si souvent que nous retournions dans notre esprit quelque idée irréaliste, l’amplifiant parfois de dimensions désagréables. Nous nous arrêtons à un détail inoffensif et l’interprétons négativement, parfois contre nous-mêmes. Ainsi, le rire d’une inconnue se transformera en hoquet de mépris. Un chuchotement deviendra un complot. Une connaissance que nous croiserons dans la rue ne nous ignorera pas à cause de la fatigue ou d’une distraction mais bien parce qu’elle ne nous apprécie pas. Et ainsi de suite. Réfuter les conclusions erronéesPour peu que vous vous assuriez de la validité de vos croyances aussi bien que de la qualité de leurs sources, vous serez en mesure de ne pas dépasser les limites d’une interprétation saine et réaliste. Vous pouvez toujours échapper à votre discours intérieur lorsqu’il prend une tournure négative. Si vous voulez mieux comprendre la manière dont vous pouvez réfuter vos propres distorsions cognitives grâce à la remise en question, examinez l’exemple suivant. Pascale, ses conclusions tordues et ses autoréfutationsConclusions : À quoi bon vivre, mon existence ne sert à rien et personne ne m’aime ! Autoréfutation (remise en question) : Ces conclusions sont excessives et me rendent malheureuse. Je suis certaine de pouvoir nommer plusieurs de mes réalisations et de recevoir des marques d’appréciation de la part des gens que je côtoie. Conclusions : Je ne suis bonne à rien, je ne m’intéresse à rien, tout est désagréable. Autoréfutation : La vie comporte d’infinies possibilités. Pour être heureuse, je peux essayer de nouvelles activités, élaborer un projet, me concentrer avec réalisme sur les résultats que je suis capable d’obtenir. C’est la manière dont j’articule mon présent qui fait la différence entre cette impression d’inutilité et l’intense satisfaction que je pourrais, au contraire, retirer du quotidien. Conclusions : Mon existence n’a aucun sens et personne ne serait triste si je n’étais plus là ! Autoréfutation : Comment puis-je arriver à une conclusion pareille ? Il s’agit d’une généralisation ! Si ma vie n’a aucun sens, c’est justement parce que je broie du noir ! Plutôt que de ne m’arrêter qu’au pire, je peux me concentrer sur le plaisir que j’ai à de nombreuses occasions, probablement plus souvent que je ne l’imagine actuellement. Prenons un exemple, plus banal, celui-là. Imaginez qu’Édouard va chercher ses souliers qu’il a fait réparer chez le cordonnier. Il attend de longues minutes sans que le cordonnier ne trouve les souliers. Voici son discours intérieur possible : Conclusions issues des distorsions cognitives d’Édouard : Quel imbécile ! Il est tellement mal organisé… Autoréfutation : Une situation imprévue a peut-être provoqué un désordre dans les sacs de chaussures des clients. Ce n’est pas nécessairement de sa faute. Conclusions : Pour qu’il apprenne à ne pas répéter cette erreur, je vais lui dire ma façon de penser et il va perdre ma précieuse clientèle. Autoréfutation : En le réprimandant, je ne ferai qu’attiser sa colère, ce qui sera loin de l’inciter à « apprendre » quoi que ce soit… De plus, c’est la première fois qu’un tel incident se produit, et lui retirer ma clientèle m’incommodera sans doute davantage que lui… Cette attitude régularisera vos besoins et vos activités de manière à ce qu'aucune distorsion ne rompe cet équilibre. Vous gagnerez beaucoup à vous ouvrir à la différence. Observer, comprendre, appréhender différemment l'existence, c'est se doter d'une capacité d'adaptation sans égal. Mais puisqu’il nous est impossible d’évaluer la réalité à partir d’un autre point de vue que le nôtre, nous nous constituons nécessairement une « banque » de préjugés, des informations qui nous permettent d’agir plus rapidement. Comment, alors, tirer profit de ces stéréotypes sans souffrir de leurs lacunes ? C’est ici que l’ouverture à la différence et la modification de nos représentations entrent en jeu. La remise en question nous aide à assurer la validité des informations contenues dans notre « banque ». En effet, ces informations s’enrichissent selon les situations tout en nous fournissant les ressources nécessaires pour ne pas toujours réagir de la même manière. Même si nous ne pouvons adopter un autre point de vue que le nôtre, certains comportements sont bel et bien plus constructifs que d’autres : ils nourrissent notre bien-être. Le fait est que nous concluons très rapidement en maintes occasions. Souvent, nous nous posons comme seule référence possible, ne cherchant aucun point de vue alternatif. Nous restons campés dans nos positions sans réfléchir davantage, ce qui nous empêche de nuancer nos croyances. Ces comportements sont nuisibles dans la mesure où ils reposent sur des conclusions fausses mais surtout très difficiles à changer. Ils nous incitent à nous fermer aux autres en les jugeant trop rapidement et en les rejetant de façon totalement arbitraire… C’est ce qui fonde des attitudes comme le racisme. Ce qui distingue ce comportement malsain du comportement sain que nous cherchons à adopter, c’est l’analyse et la distanciation. La conscience nous évite les conclusions extrêmes, du type tout ou rien, pour ne pas étiqueter les gens ou les événements à partir de simples impressions. Nombreuses sont les connaissances qui prennent la forme de contrastes, de différences. Pour comprendre une opposition, nous devons connaître chacun des deux termes qui la composent. Le terme « haut » permet de comprendre le « bas », et vice-versa. Lorsque nous formulons une conclusion sur le mode « tout ou rien », nous procédons un peu de la même manière. Même s’il n’est pas facile de faire reposer nos conclusions sur l’incertitude, il s’agit parfois de la meilleure option. Au lieu de croire que vous vous ennuierez à cette soirée pleine d’invités que vous ne connaissez pas, allez-y plutôt et vous verrez bien ! Imaginez que Daniel passe une soirée avec des amis et qu’on lui présente quelqu’un. Toute la soirée se déroule correctement, mais Daniel éprouve une certaine difficulté à communiquer avec cette personne. Le lendemain, son souvenir global de la soirée sera peut-être désagréable si des conclusions s’imposent trop rapidement. S’il déprécie sa nouvelle connaissance parce qu’elle lui a semblé peu agréable aux premiers abords, Daniel généralisera négativement un sujet sur lequel il manque d’informations. Et cela l’incitera à se refermer sur lui-même lors de la prochaine rencontre. Inversement, si Daniel conclut que la personne ne l’a pas apprécié, il retournera inutilement contre lui-même les signes insuffisants qu’il a recueillis au cours de la soirée. Tout en lui évitant de s’engager dans l’une ou l’autre de ces deux sombres avenues, la remise en question procurera à Daniel plusieurs éléments alternatifs d’explication : la personne était peut-être gênée, fatiguée, mal à l’aise dans le groupe ou même charmée ! Et la liste pourrait encore s’allonger… Même une courte remise en question vous placera devant plusieurs nouvelles explications. On constate qu’un jugement qui n’est plus basé sur un manque d’éléments peut nous éviter des interprétations trop rapides susceptibles de teinter négativement nos pensées. Mais ce n’est pas si facile ! Procurez-vous le livre dédicacé avec un signet en nous contactant ou achetez-en un exemplaire à prix réduit. |